Polignac

À mi-chemin de St-Paulien à la ville du Puy, et à gauche,’ près de la grand ’route venant de Clermont, on voit le bourg de Polignac, bâti circulairement à la base d’un rocher. Volcanique qui s’élève du milieu d’un riche vallon. Sur la vaste plate-forme de ce rocher, sont les ruines imposantes d’un ancien monument qui lui donna son nom. On a émis beaucoup d’opinions sur l’origine de ce château, soit à cause des prodiges religieux qui s’y sont opérés du temps du paganisme, soit à cause des singularités qu’on y remarque ou des antiquités qui s’y trouvent.

Avant d’arriver sur le plateau du rocher, il faut s’arrêter, en passant, auprès de l’église qui, très anciennement construite, à mi-côte, renferme dans ses murs des débris antiques ; ce qui se reconnaît aux beaux blocs de grès équarris et taillés qu’on y a employés au hasard. Quelques-unes de ces pierres contenaient, dit-on, des inscriptions et des sculptures ; je n’en ai reconnu aucune trace.

Le seul objet qui, là, mérite de fixer l’attention, est un petit monument tumulaire, en grès blanc, maçonné dans le mur extérieur du sanctuaire de l’église, à une élévation de trente pieds environ. Il contient, dans sa partie supérieure et dans une espèce d’encadrement, le buste d’un personnage romain assez grossièrement sculpté en bas-relief. Au-dessous., on lit cette inscription :

C’est-à-dire : Deo Optimo Maximo, Julii Marvilinni memoriœ, au Dieu très-bon et très grand, et à la mémoire de Julius Marvilinnus. Cette première découverte n’est pas sans intérêt ; elle se lie assez naturellement à tout ce que nous allons rencontrer de véritablement antique. Arrivé au haut du rocher et au milieu des ruines, j’ai bientôt trouvé dans un amas de pierres, ce qui excitait le plus ma curiosité, ce qui a exercé la plume de_ tant d’écrivains et l’imagination des savants de plusieurs siècles : c’est un masque colossal de la tête d’Apollon, tête qui par les oracles qu’elle rendait a donné de la célébrité au rocher de Polignac.

Parmi plusieurs auteurs, Simeoni, Gruter et Faujas de St-Fond ont donné, de cette tête, une description plus ou moins systématique et un dessin très-peu exact.

Simeoni, en assurant que cette tête est celle d’Apollon, veut que ce soit elle qui ait fait donner au château le nom d’appolliniaoum, d’où s’est formé celui de Polignac.

Quoiqu’il en soit de l’opinion de Simeoni et de beaucoup d’autres écrivains, il n’en reste pas moins certain que cette tête, qui est devenue un monument célèbre, est susceptible de donner beaucoup à réfléchir. Sa dimension est colossale, et quoiqu’elle ait été fort mutilée, on peut juger que sa forme a toujours été à peu près ce qu’elle est encore. Elle a trois pieds huit pouces de large, sur trois pieds de haut. Une chose qu’il est facile de vérifier, c’est qu’elle n’a jamais eu, par-derrière, la forme d’une tête ; qu’au contraire elle n’a jamais été qu’un masque énorme et n’a pu appartenir à une statue.

Faujas assure que Simeoni, dans la gravure qu’il en a donnée, l’a mal rendue. Il en donne lui-même un dessin nouveau, dessin qu’il dit avoir fait faire avec le plus grand soin, et, cependant, ce dessin est inexact ; il ne rend nullement le caractère de tête. Le nez, quoique mutilé, est dessiné entier et de manière à ne pas même donner une idée de ce qu’était l’original ; la bouche est représentée ouverte dans toute sa largeur, tandis que l’ouverture qu’on remarque au milieu d’une barbe très-volumineuse, ne laisse apercevoir qu’un trou ovale qui paraît avoir servi à l’introduction. D’un tube quelconque ; et, si cette tête rendait des oracles, on soupçonne déjà le but de cette ouverture. Dans cette dernière hypothèse, j’essaierai une explication qui rentrera dans l’opinion générale et lui donnera une nouvelle consistance.

Avant tout, je dois dire que la tête dont il est question, est largement dessinée ; que le travail en est hardi et facile; que le ciseau de l’artiste qui l’a sculptée dans un beau bloc de granit, en a fait sortir une figure imposante et majestueuse. Et, pour arriver naturellement à une conclusion raisonnée, pour l’appuyer plus que sur des conjectures, je vais donner successivement une idée de tout ce qui s’est trouvé d’accord avec le système que j’espère faire apprécier. Ce qui mérite d’abord un examen particulier, est une grande excavation, vulgairement nommée le Précipice. C’est un énorme puits, parfaitement rond et taillé, avec beaucoup d’art, dans le roc. À l’orifice, sa circonférence est de quarante-deux pieds. Il avait primitivement, dit-on, cent quatre-vingts pieds de profondeur. Il en avait encore cent soixante-quatre, en 1779, quoique déjà des portes en fer qu’on y avait précipitées très-anciennement, et peut-être par suite de quelque sédition religieuse, s’y étaient embarrassées dans leur chute et, depuis, avaient arrêté et amoncelé une grande quanti de pierres. Sa profondeur actuelle est réduite soixante-deux pieds, depuis qu’on y a jeté, dans ces derniers temps, des décombres provenant de la démolition du château. Sa forme intérieure est, à ce qu’on assure celle d’un cône renversé, ce qu’il n’est plus facile de reconnaître. Il serait même imprudent de chercher à s’en assurer à la vue, le parapet en ayant été renversé, et la pelouse, qui l’entoure, formant un bord glissant et dangereux. À en croire la tradition écrite, l’opinion vulgaire et l’assertion des plus anciens habitants du bourg, il y aurait eu « de cette exa cavation, un conduit correspondant à la statue d’Apollon, dont la bouche béante rendait des oracles ; et les prêtres du dieu arrivaient au fond du précipice, par la cave d’une des maisons du bourg.

Cette tradition, quoique différemment rapportée dans plusieurs ouvrages et dans des mémoires particuliers, est précieuse à recueillir. Elle trouvera bientôt son application.

Sur la même ligne que le précipice, et trente pieds plus loin vers l’occident, se trouve une seconde excavation beaucoup plus petite, dont la profondeur est de vingt-un pieds sept pouces. Son ouverture, qui n’a que trois pieds de diamètre, est couronnée par un bloc de grès circulaire, d’une seule pièce, ayant deux pieds de haut. Ce bloc est bien évidé à l’intérieur et orné, extérieurement, de moulures d’une proportion agréable ‘et d’un dessin régulier. Sa forme représente assez bien un autel antique, et, si c’était un autel, il faut observer qu’autrefois il se trouvait renfermé dans l’intérieur d’un édifice qui a toujours, quoique démoli, conservé jusqu’à présent le nom de Temple d’apollon. Il y a, sur la moulure supérieure de cet autel, des restes d’agrafes en fer et dix à douze trous qui, sans doute, ont contenu d’autres agrafes ; ce sont des remarques essentielles à faire. Il n’est pas moins utile à mon opinion de rendre un compte exact et détaillé des lieux qui ont été visités et examinés avec la plus minutieuse attention.

Salles souterraines. Le fond latéral de cette espèce de puits est composé de deux salles en carré long de vingt et un pieds sur dix, séparées par cinq arcades à plein ceintre de trois pieds de large. Les arcades sont supportées par quatre piliers d’un seul bloc, à angles rabattus, ayant quatre pieds et demi de hauteur, et dont les quatre faces principales ont dix pouces, et les autres six. Ces salles, dont les voûtes à berceau retombent sur les longs côtés, sont, aux deux bouts, terminées par un mur perpendiculaire. Elles sont revêtues de ciment sur leur aire et à la hauteur de six pieds; mais on reconnaît que le ciment n’est pas antique ‘et que les voûtes et les murs ont été réparés : circonstance bonne à noter et qui conduit naturellement à croire qu’il y a eu ici deux destinations différentes, l’une primitive et antique qui fait l’objet de nos recherches; l’autre plus récente , relative à l’établissement d’un château-fort, dans le moyen âge, et à la nécessité d’y amener et d’y conserver des eaux suffisantes pour une garnison.

Sous ce rapport, on a remarqué que dans l’un des côtés longs de l’arrière-salle, à la retombée de la voûte, sont trois pierres percées qui, si elles ont été destinées d’abord à donner de l’air et de la lumière dans ces lieux souterrains, ont fini par servir, probablement, à y introduire des eaux. Trois pierres semblables sont également placées dans l’un des bouts de la première salle, de manière à y suivre le mouvement de la voûte.

Il est un autre sujet à traiter et qui vient donner un grand poids à toutes mes conjectures. Portail. Au milieu des ruines, il est resté debout un portail dont l’architecture n’a certainement pas l’antiquité le l’édifice auquel il a appartenu. L’ai voulu me rendre compte de cette particularité, et je me suis. Arrêté à ce fait constaté par l’histoire : que, lors de l’introduction du christianisme, ses zélateurs ardents, les premiers pasteurs du Velay, soulevèrent, par leurs prédications, des portions considérables du peuple, et renversèrent plusieurs monuments de la religion païenne. C’est, entre autres, le sort qu’éprouva l’idole de Polignac, à en juger par ce passage d’une histoire particulière du Puy, écrite au 16 siècle, par le B. P. jésuite Odon de Gissey, Où il dit :  S’. Georges, qui fut le premier évêque du Velay, n’épargna rien contre le paganisme,  baptisant à troupes les Gentils, abattant leurs temples, et particulièrement , il mit par terre a le simulacre d’apollon, lequel on adorait sur « le haut roc de Polignac.

Ce que confirme encore cet autre passage de l’Histoire de Notre-Dame du Puy, écrite postérieurement, dans lequel le F. Théodore dit, en parlant de St Georges:  Infatigable qu’il était  à poursuivre ses saintes victoires, il allait attaquer la Gentilité dans les endroits où la réputation de quelque idole la rendait plus puis sante , et le seigneur de Polignac , obstiné à  adorer son Apollon, lui ayant fermé son château sans le vouloir entendre, on tient, que, par la vertu de ses prières, il renversa le fameux simulacre dont on voit encore les restes a couchés par terre.

Si donc le temple fut abattu, au moins en partie, il est à croire qu’une fois les séditions apaisées, et peut-être longtemps après, le seigneur de Polignac, qui était tant attaché au culte d’Apollon,. fit rétablir les parties de l’édifice qui avaient été détruites; ce qui explique la‘ construction gothique du portail, dont on retrouve la même architecture au chœur de l’église de SR-Paulien, et dans la partie la‘ plus ancienne de la cathédrale du Puy. Ce rapprochement indique presqu’une époque.

Au surplus, en parlant d’époque, il en est une précieuse à signaler ; le docte Sidonzizs Apollinarismes, évêque de Clermont, au 5° siècle, issu lui-même de la race antique des Polignacs, va, dans une lettre à I ’un de ses neveux, nous faire connaître lui-même que son grand-père fut le premier de sa famille qui embrassa le christianisme ; c’est ce qu’atteste l’épitaphe qui se trouve comprise dans sa XII°. Épître, au livre 111 de ses œuvres, épitaphe d’autant plus curieuse à rapporter qu’en même temps qu’elle constate le fait du changement de religion, elle rappelle les qualités éminentes, au civil comme au moral, qui distinguaient son aïeul. Voici cette épitaphe :


D’après ces derniers vers, il reste prouvé que, jusque vers le 5° Siècle, les seigneurs de Polignac ont dû faire travailler à la restauration d’un temple auquel ils tenaient d’autant plus qu’ils tiraient leur nom d’Apollon même, ainsi que l’assurent les plus anciennes chroniques du pays, et l’histoire écrite par le F. Théodore, dans laquelle, au livre m, chapitre m, il est dit :

Pour faire connaître la grande antiquité de la famille de Polignac, il faut savoir qu’à cause de l’idole de son château, elle portait le nom a d’apollinaire.

Il cite, à l’appui de son assertion ce passage latin : a Domus Äpollinarium antiquissima nomena que Apollinare adhùc hordiè retinet ‘et Polignac, ab indigenis incligetatur.  (Savaron, in Sid. lib. rv.)

Et, le célèbre Sidonius Apollinaris n’avait-il pas, même sous le christianisme dont il fut l’ornement et la gloire, n’avait-il pas, dis-je, conservé entier ce nom primitif

Mais cette digression m’a écarté de mon sujet, je parlais du portail du temple, il me reste à en donner une idée, la plus exacte possible : il est élevé d’environ trente pieds et à peine s’aperçoit-il, tant il est défiguré. Le ‘cintre de son ouverture et l’ouverture elle-même, du haut en bas, ont été, très} anciennement, remplis en maçonnerie. On s’en est servi comme d’un mur de pignon, pour la construction de gothiques appartements dont on‘ voit encore les larges et hautes cheminées à divers étages. Dans sa largeur, se trouvent prises deux portes irrégulièrement placées, dont une fort grande, et deux croisées au-dessus. Ses deux pilastres et son cintre sont ornés de sculptures ; et, dans le mur de façade qui se continue encore un peu vers la droite, on remarque une frise du même style. Si, comme, le sont nos églises actuelles, les temples du paganisme n’avaient pas été tournés vers l’orient, nous nous serions dit, en voyant la disposition de celui-ci, que, malgré sa large dimension, il pourrait bien n’avoir été qu’une chapelle chrétienne ; mais cette réflexion n’eût été que passagère, à vingt pas de là nous avons rencontré les ruines de la véritable chapelle du château, chapelle qui avait été bâtie dans la forme d’une église, et avec tous les accessoires convenables à. l’exercice du culte ‘catholique. Nous retrouvons donc bien, ici, les restes de ; Ce temple qui a donné tant de célébrité au rocher de Polignac; et, sa position , son emplacement, son étendue viennent, à l’appui de la tradition, nous prouver qu’il renfermait, dans son intérieur, la plus petite des deux excavations.

Une chose essentielle à rappeler, c’est qu’au bas du village, on voyait encore, au commencement du 18e  siècle, sur l’emplacement de la maison de M. Vialatte, les débris d’une espèce oratoire, ou ædicula; que là, probablement, les pèlerins déposaient leurs offrandes et qu’interrogés sur les questions qu’ils voulaient faire, elles étaient communiquées aussitôt aux prêtres du temple, lesquels ‘avaient le temps de préparer les réponses qu’il fallait que les consultants allassent chercher au haut du rocher.

Quant à la communication des prêtres entre eux, elle devait avoir lieu, du bas en haut du rocher, par une issue qui s’est retrouvée dans les ‘caves de la maison Vialatte. Là, on a pu à la lueur d’une lampe, parcourir un espace de cinquante pas environ, dans un chemin de cinq pieds de haut, sur deux et demi de large, taillé dans le roc, mais à cause de l’humidité et de l’absence de l’air, on a été bientôt forcé de rétrograder. D’ailleurs, on n’aurait pu avancer beaucoup au de là, puisqu’au dire du propriétaire, le chemin est obstrué, plus loin, par les pierres que l’infiltration des eaux a fait détacher, et que, dans la crainte des accidents, il a lui-même amoncelées pour empêcher qu’on y pénétrât.

Ce qu’il a été possible de reconnaître, par exemple, c’est que du niveau supérieur de la grande excavation, jusqu’à celui de la cour de M. Vialatte , se trouvent les cent quatre-vingts pieds que l’on a toujours donnés à la première profondeur du précipice; d’où l’on doit conclure que là était l’issue secrète aboutissant au bas de la grande excavation; excavation qui alors, éclairait et assainissait les galeries souterraines conduisant aux habitations des prêtres et, peut-être, aux salles mystérieuses du puits de l’oracle , au centre du temple. Ce puits, dont il a déjà été parlé, était hermétiquement fermé, au-dessus de l’autel qui le couronne, par une espèce de voûte présentant, à sa partie antérieure, le masque colossal d’Apollon, posé verticalement, et contenu par des agrafes en fer dont on reconnaît les restes au, revers du masque et sur les bords de l’autel. A Il me semble que ce qui précède rend bien facile l’explication du moyen employé pour faire sortir les oracles par la bouche de la divinité.

Il est un’ autre monument d’autant plus intéressant à décrire, qu’en‘ venant appuyer mes raisonnements et confirmer la tradition, il donne une date certaine.

Au bas du portique, un peu vers la gauche, se trouvent dix à douze belles pierres antiques, en grès blanc, bien taillées. L’une d’elles contient une inscription historique. Les lettres en sont formées et gravées avec soin ; et, à l’exception d’un seul chiffre, elle est parfaitement entière. Sa dimension est de trente-trois pouces de long, sur dix-huit de large. La moulure qui l’encadre est bien sculptée. Cette inscription a été citée par Faujas, mais inexactement, sans interprétation, sans réflexions aucunes et sans faire observer que le premier qui commençait la dernière ligne, avait été mutilé et avait disparu, ce qui importe, cependant, pour combiner les événements et constater des vérités historiques. Je la donne, ici, exactement, telle que je l’ai trouvée et que j’ai pu la lire :

Comme on le » sait, cette inscription atteste la présence et,’ en même temps, la politique ou la piété de l’empereur Claude. En effet, des traditions orales, plusieurs relations et de très anciens manuscrits s’accordent à dire que ce prince vint, en pompe, de Lyon à Polignac, consulter l’oracle d’Apollon ; qu’il y donna des preuves de son attachement à la religion, et que les prêtres consacrèrent cet événement par une inscription qu’ils firent placer sur les murs du temple.

Ici, l’époque est précisée : elle constate que les oracles de Polignac étaient alors célèbres sous le 4e consulat de Claude, l’an Rome 798 et, de notre ère, le 47e

Cette espèce de pèlerinage du prince qui, au titre d’empereur, réunissait celui de grand pontife, comme le rappelle l’inscription même, devait avoir pour but de mettre en honneur sa religion, dans les Gaules, et d’accréditer la sagesse et la puissance des prêtres ; d’autant plus que déjà le christianisme commençait à prendre de l’influence. Peut-être aussi voulait-il avoir la gloire d’achever l’œuvre de Tibère, son prédécesseur, et de se faire ordonner, par la divinité de porter le dernier coup au druidisme. C’est en ‘effet sous son règne que ce culte antique, trop peu connu peut-être encore, et astucieusement calomnié par la politique des Césars fut totalement aboli.

Quelques citations vont maintenant nous conduire à une conclusion simple et historique. Si nous ouvrons l’Histoire du Languedoc ; si nous consultons une Dissertation savante sur les Volces, si nous compulsons plusieurs vieilles chroniques, nous y trouvons la preuve qu’il existait un temple d’apollon, fameux par ses oracles, près des frontières de l’Auvergne, sur les confins du Velay, et, c’est bien la position de Polignac. Si nous recourons encore à l’ouvrage déjà cité du R. P. Odon de Gissey, nous y rencontrons une nouvelle preuve dans ce passage remarquable, où, en parlant du rocher de St-Michel au Puy, il rapporte ces vers beaucoup plus anciens encore que ceux qu’il écrit lui-même :

D’un château imprenable il est avoisiné, Où du Latonien le peuple embéguiné, Sur le trépied fatal consultait les oracles ; C’est d’où les Poloniacs illustres sont sortis. »

Enfin, d’autres passages que j’ai fait connaître ; plusieurs mémoires particuliers et beaucoup d’ouvrages qu’il serait trop long d’énumérer, confirment ce qui, jusqu’à’ présent, n’avait passé que pour des ’ conjectures, ou tout au plus, pour de simples souvenirs traditionnels.

Maintenant, en rapprochant tout ce qui précède, et liant entre elles les diverses parties, crois pouvoir établir ainsi l’ensemble de mon système.

Vers la frontière de l’Auvergne et du Velay, sur le haut rocher de Polignac, il a existé un temple d’Apollon, fameux par ses oracles. L’époque de sa fondation remonte aux premières années de notre ère, puisque déjà en l’an 47, l’empereur Claude y vint en pompe, comme pour accréditer la puissance du dieu, et qu’il y laissa des preuves de sa piété et de sa munificence.

Les débris et les issues mystérieuses que l’on retrouve encore sur le rocher, dans son sein et dans ses environs, révèlent les moyens secrets employés par les prêtres pour faire parler leur divinité et en imposer aux peuples.

Au bas du rocher, était une œdicula ; c’est là que les pèlerins, ou consultants, faisaient leur première station ; qu’ils déposaient, leurs offrandes et exprimaient leurs vœux.

Un conduit souterrain communiquait de cette œdicula au fond d’une grande excavation percée, en forme d’entonnoir, depuis la base jusqu’à la cime du roc. C’est par cette énorme ouverture que, prononcés, même à voix basse, les vœux, les prières et les questions des consultants parvenaient, à l’instant même, au haut du rocher, et que, là, recueillis par le collège des prêtres, les réponses se préparaient, pendant que les croyants, par une pente sinueuse et longue, arrivaient lentement au but de leur pèlerinage.

Les réponses disposées, les prêtres chargés de les transmettre, se rendaient dans des salles profondes, contiguës à un puits dont l’orifice venait aboutir au sein du temple.

Ce puits, couronné par un autel, était fermé par une petite voûte hémisphérique présentant, dans sa partie antérieure, la ‘figure colossale d’Apollon , dont la bouche entr’ouverte, au milieu d’une barbe large et majestueuse, semblait toujours prête à prononcer ses suprêmes décrets.

C’est aussi par cette ouverture, qu’au moyen d’un long porte-voix, les prêtres, du fond des antres du mystère et de la superstition, faisaient sortir ces oracles fameux qui, en portant dans les esprits le trouble, le respect et la persuasion, retardèrent de quelques siècles le triomphe complet et le règne du christianisme.

Telles sont les conclusions qui me paraissent les plus simples et les plus probables. Elles donnent une idée des pieuses fraudes dont les ruines de Polignac nous ont conservé la tradition et‘ les preuves.

Quant aux autres débris antiques qui auraient pu faciliter la description ou les explications des monuments de Polignac, on sait qu’ils ont été disséminés ; que beaucoup ont été employés dans le moyen âge, à la construction du château et de ses nombreux accessoires. Peut-être les plus marquants de ces débris, et qui ont encore conservé des formes, sont-ils ceux qui, lors de la destruction du temple par les ardents propagateurs du christianisme, furent, précipités au bas du rocher. C’est ainsi, suivant la tradition, qu’une quantité considérable de pierres devenues faciles à enlever, ont été bientôt, par un zèle tout religieux, transportées jusqu’au pied du Rocher-Corneille, où elles, ont servi à ajouter de nouvelles constructions aux constructions premières de 1’église déjà célèbre de Notre-Dame du Puy. Aussi est-ce dans les murs de cet édifice, ou de ses dépendances, que nous avons retrouvé plusieurs fragments curieux, plusieurs bas-reliefs qui se rattachent au culte d’Apollon, et qui rappellent les bienfaits du prince auquel le temple de Polignac dut de nouvelles richesses et sa magnificence. Ces fragments, enlevés avec soin, font maintenant partie des antiques du musée du Puy, et, par un rapprochement assez singulier, ils décorent le soubassement de la belle statue allégorique de l’Apollon du Belvéder.

Ce n’est pas anticiper sur mes propres relations, que de fixer l’attention, dès à présent, sur des objets déplacés ; je pense au contraire qu’il était convenable de les rapprocher, idéalement, le plus possible, du monument auquel ils ont appartenu. Examinons donc d’abord deux pierres, en beau grès blanc, taillées et sculptées sur deux faces opposées, et dont la primitive destination est d’avoir servi à la décoration du temple de Polignac.

Source de l’extrait :

Essais historiques sur les antiquités du département de la Haute-Loire

Charles Florent-Jacques Mangon de la Lande

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Ruessium, actuellement Saint-Paulien

À en juger par sa dénomination celtique et par le rapport de Ptolémée, Ruessium existait longtemps avant la conquête de la Gaule par Jules César. Ce devait être, alors, un bourg habité par les Velauniens ou Vellaviens, près de la frontière qui séparait ce peuple de celui de l’Auvergne. Il paraît que la présence des armées romaines donna à ce bourg une certaine importance, et qu’il prit bientôt de l’accroissement en étendue et en population. Il est avéré, du moins, qu’en l’an 727 de Rome, vingt-cinq ans avant notre ère, lorsque Octavius Cœsar, empereur sous le nom d’Auguste, vint présider, à Narbonne, l’assemblée générale des Gaules, Ruessium reçut le titre de ville ; que cette ville fut classée parmi celles de la province Aquitanique, et qu’elle devint le siégé de plusieurs établissements administratifs et politiques.  Sa position, en effet, convenait à un peuple vainqueur qui voulait affermir sa domination. Elle se trouvait sur la voie militaire qu’Agrippa venait d’ouvrir, et qui se dirigeait de Lyon vers l’Espagne où les Romains avaient envoyé des colonies; elle était protégée, ainsi que la route elle-même, par un camp que tout annonce avoir existé, à deux petites lieues de là, sur le plateau de la montagne d’Allègre; et cette distance était bien celle que les Romains avaient soin de calculer pour que leurs camps, dans lesquels ils fixaient leurs établissements‘ militaires, pussent , au besoin , servir à la défense; pour‘ qu’habituellement les citadins ne soient pas incommodés par les soldats, et qu’aussi les délices des villes n’amollissent pas le courage de ces derniers.

Il est de fait, au surplus que Ruessium ne tarda point à être distingué par « Prince », et à, se ressentir de ses faveurs.

En l’an 737 de Rome, lorsque, pendant son second voyage dans les Gaules, Auguste déclara libres plusieurs Cités, et leur conféra les droits municipaux, soit à cause des secours qu’il en avait reçus, soit pour la fidélité qu’elles lui gardèrent, la Vellavie fut comprise dans le nombre de ces Cités privilégiées

Quelques mémoires particuliers avaient bien fait mention de l’avantage qu’elle obtint alors, mais aucune preuve ne venait à l’appui d’un fait important dans l’histoire du pays. Nous venons de la retrouver cette preuve, sur une Inscription dont l’authenticité est irrécusable. Quoique d’une date postérieure, et quoique relative à un événement étranger à l’affranchissement de la Cité, cette inscription n’atteste pas moins la vérité historique qu’il importe de consacrer. La pierre qui la retrace est maçonnée, presqu’au niveau du sol, dans la face méridionale, à l’angle sud-est du bâtiment construit sur les fondations de l’ancienne église de Notre-Dame du Haut-Solier, Elle est gravée en creux dans un grès blanc très-dur (6), de trois pieds six pouces de long, sur deux pieds de large. Sa conservation est parfaite, est on y lit très-distinctement ces mots: _ . .

Combien peu de villes pourraient produire un titre semblable pour constater leur antiquité, en même temps que leur ancienne illustration ! et cependant ce titre précieux reste exposé à des mutilations journalières et peut-être à une destruction prochaine. Aussi j’exprimerai le vœu de le voir figurer, un jour, parmi ceux que conserve à la postérité, le musée du département de la Haute-Loire et avec d’autant plus de raison, que ce monument n’est point relatif à la seule ville de St-Paulien, mais qu’il appartient à toute l’antique Vellavie.

Jusqu’à présent, on n’avait pu lire et je n’avais moi-même aperçu que les trois dernières lignes d’Inscription, parce qu’en effet les deux premières ne sont bien visibles que par un temps pur, au moment où le soleil frappe dessus verticalement. Aussi, je rétracte toute interprétation que j’en aurais donnée dans des mémoires particuliers.

On remarquera que j’ai devancé l’instant de rapporter cette inscription, puisqu’elle eût trouvé sa place dans la description des antiquités du Haut-Solier; mais comme j’y ai découvert un titre fondamental des droits primitifs de la Vellavie , j’ai cru devoir en faire mention dans mes recherches sur l’origine et le lustre de la Cité , et puisque j’ai été conduit à en donner une explication, j’en tire cette conséquence que si, comme il y a lieu de le croire, cette inscription faisait partie d’un monument funéraire élevé sur la tombe d’Etruscilla, femme de l’empereur Trajan-Dèce, elle donne une nouvelle preuve de l’importance de Ruessium. En effet, pour que la veuve d’un Empereur romain soit venue terminer ses jours dans la capitale de la Vellavie, il fallait qu’il y existât un palais digne de l’ancien chef de l’Empire, et cette particularité a infiniment de rapport avec les débris précieux qui s’y rencontrent à chaque pas.

Au surplus, les réflexions qui précèdent me rappellent une découverte faite, en juillet 1821, dans le voisinage du Haut -Solier, lors d’une excavation pratiquée, en y creusant un puits découverte qui se rattache à mon sujet.

Monument sépulcral

Arrivé, dans l’excavation, à la profondeur de quatre à cinq pieds, on a trouvé cinq assises de très beaux blocs de grès blanc, parfaitement taillés sur les quatre faces, et présentant, à peu près, la base d’une pyramide isolée. Cette base, établie dans le roc, était encore appuyée, de trois côtés, par des murs solides qui venaient y aboutir, mais qui n’étaient construits qu’en pierres brutes. Ceci ne nous indiquerait-il point le monument élevé à la mémoire d’Etruscilla, surtout lorsqu’à quelques pas de là, se retrouve son inscription tumulaire ? Le monument, d’ailleurs, devait-être digne du personnage auguste auquel il était érigé, à en juger par la qualité, le volume et la coupe soignée des pierres qui lui servaient de fondement. Celles qui ont été tirées de l’excavation, avaient plus de cinq pieds cubes, et chacune d’elles a été vendue vingt et quelques francs, pour être cassées et employées dans de nouvelles constructions.

Quoique parmi les décombres, il se soit trouvé plusieurs médailles, je n’ai pu en obtenir qu’une seule qui m’a été ‘offerte par le propriétaire. Je me suis empressé d’en faire hommage au Musée du département. Elle est en grand bronze, du règne d’Antonin, et doit être ainsi déterminée :

D’après l’ouvrage intitulé : De la Religion des anciens Romains, dans lequel cette médaille est gravée, elle représente « la cérémonie des vœux « formés pour la santé du prince, par un prêtre « sacrifiant au-dessus d’un autel. » Le caractère particulier de cette médaille a pu la faire choisir avec d’autres, d’une expression à peu près semblable, pour être renfermées dans la tombe impériale.

C’est là, sans doute, une supposition, mais je m’y attache avec complaisance, comme à tout ce qui ajoute à l’idée que je me fais de l’antique splendeur de Ruessium, idée qui va se fortifier encore en cherchant à déterminer quelle a dû être son enceinte et son étendue. Le sol en est actuellement cultivé , mais, avec un peu d’attention, on ne peut le méconnaître. Il se trouve rempli de débris de carreaux, de briques et de tuiles antiques. On rencontre partout des fragments de vases, de poteries grossières et fines, des médailles et une foule d’objets qui ne laissent aucun doute sur l’existence ancienne de nombreuses habitations. Plusieurs fois, j’ai parcouru un vaste espace, tel qu’occuperait une de nos villes de quinze à vingt mille âmes ; constamment j’ai reconnu les mêmes vestiges. Des propriétaires, des cultivateurs, de simples ouvriers, en m’indiquant les terrains qu’il avait fallu déblayer pour les rendre à la culture, m’ont mis à portée de juger que la ville actuelle devait former la limite méridionale de l’ancienne ; que celle-ci se prolongeait, dans sa partie septentrionale, jusque près des monts qui l’abritaient des vents du nord, et qu’elle devait s’étendre, de l’est à l’ouest, depuis le communal de Chaumel, jusqu’au-delà de Marcha-Dial.

Si l‘on veut des preuves évidentes de la beauté, de la richesse de Ruessium, il faut examiner, en observateur, les débris épars, et ceux employés dans les murs, les édifices et les habitations de la ville de SH-Paulien; on y reconnaîtra des fragments de sculptures et de colonnes; de grandes et belles pierres travaillées, et on demeurera étonné que tant de restes d’architecture se soient ainsi conservés au milieu d’une ville si souvent incendiée et renversée, de fond en comble , lors des invasions successives des Vandales, des Goths , des Germains , des Sarrazins et « des Francs; et quand on sait qu’à une époque rapprochée de nous, lors des guerres de la ligue, cette même ville fut , de nouveau , entièrement saccagée par les armées ennemies de la cause d’Henri IV. On lit ‘même encore, sur l’un des piliers de la porte méridionale de la ville faisant face à la route du Puy, la date de sa dernière reconstruction, en 1415, date qui s’y trouve ainsi, en caractères mal formés :


Il y a plus : tous les jours, en travaillant à la terre, en la fouillant de quelques pieds, ce sont encore d’autres ruines précieuses que l’on découvre : des pans de murs revêtus en marbre , des plates-formes ou des bassins enduits d’un ciment indestructible ; des tuyaux souterrains artistement construits; des masses considérables de maçonnerie; enfin d’énormes blocs de grès équarris , taillés et liés encore par le ciment , formant de vieilles fondations.

Aussi ne doit-on pas s’étonner que, sur plusieurs des hauts lieux qui avoisinaient la capitale et qui faisaient partie de la Cité, il s’éleva des temples aux divinités qui allaient devenir les protectrices du pays, et c’est ce qui nous conduira, à travers l’incertitude des temps, vers les ruines et les monts de Polignac et d’Anis.

En cherchant où pouvaient avoir été construits quelques-uns des édifices principaux dans l’intérieur de Ruessium, il me semble qu’on peut s’arrêter sur l’emplacement de l’église actuelle et sur ceux appelés le Haut-Solier et Marcha-Dial, dont les noms conservent quelque chose de leur antique destination.

Église.

Je ne dirai qu’un mot, en passant, sur l’église de St-Paulien, parce que son architecture n’est que gothique : elle est ornée, à l’intérieur et à l’extérieur, de ces colonnes longues et grêles qui indiquent assez l’époque de sa construction. En général, sa forme est ‘pittoresque, et ses murs, au dehors, sont revêtus de mosaïques dont on retrouve les analogues et les dessins variés dans plusieurs édifices du moyen âge.

C’est au milieu de sa maçonnerie et de son architecture ; c’est dans ses alentours, que j’ai rencontré les premiers objets de mes recherches.

Fondement d’un édifice.

Il y a peu d’années que pour rendre l’église moins humide, on fit déblayer les terres qui s’élevaient un peu trop au-dessus des fondations. À peine eût-on creusé de quelques pieds, qu’on découvrit beaucoup de cercueils, en pierres de Blavozy, bien évidées, et, sous ces cercueils, les fondements d’un édifice qui devait être d’une étendue considérable, à en juger par la longueur d’une muraille très -bien construite en beau grès blanc, et d’un alignement parfait ; d’où l’on peut conclure que, là, un monument païen a été renversé; que  plus tard , sur ses ruines s’est élevée l’une des plus anciennes églises , et qu’au milieu des décombres, dans ce qui en formait l’enceinte, ont été inhumés les premiers prêtres du christianisme, peut-être les premiers chanoines épiscopaux de St-Paulien. Au surplus, une grande quantité des pierres qui furent ainsi découvertes, ont été extraites, vendues à un prix assez haut et employées dans de nouveaux bâtiments ; ce qui annonce que, dans cet endroit, comme dans vingt autres de l’antique Ruessuim, des fouilles faites avec méthode et avec soin, conduiraient non-seulement à des découvertes utiles dans l’intérêt des vérités historiques, mais peut-être même fructueuses par le produit qu’on retirerait des plus beaux matériaux.

Statue priapique.

Parmi les objets qu’on m’a fait remarquer dans la façade septentrionale de cette église, il en est un, à vingt pieds de haut environ, qui représente un homme ou un enfant nu, accroupi et tenant, d’une ‘main, ses parties sexuelles. Le dessin en paraît bon, autant que l’élévation où il est et ses mutilations permettent d’en juger. On lui a donné, vulgairement, le nom de Statue priapique. Il serait à désirer qu’on pût l’enlever et qu’on la déposât dans un musée, où elle serait placée plus convenablement que sur un temple catholique.

Il est cependant une conséquence chronologique à tirer de l’existence de ce monument. On sait que le culte d’1sis, d’abord introduit à Rome, y fut défendu sous le consulat de Pison et de Gabinius ; mais que, plus tard, Auguste le fit revivre; qu’il en releva les temples, et que les mystères de cette divinité de l’Égypte , redevinrent bientôt, parmi les Romains, ceux de la galanterie et de la débauche; ce qui ,’ en général, fait reporter au siècle d’Auguste les monuments de la nature de ceux dont il est ici question, Ainsi, un simple fragment de sculpture vient appuyer les réflexions déjà émises sur l’époque des premiers établissements dans Ruessium.

Fragments d’inscriptions.

Non loin de ce monument, un peu plus bas sur la droite, est un reste d’inscription qui paraît n’avoir que deux mots indéchiffrables, les lettres en étant à peine tracées ou presqu’usées, et d’une mauvaise forme.

Pierre tumulaire.

Dans l’un des piliers du milieu, se trouve placée une belle pierre tumulaire. Les lettres qui en composent l’inscription sont bien gravées et encore assez faciles à lire, quoique les lignes se présentent verticalement. Il en a été parlé dans quelques ouvrages, mais on ne l’a rapportée qu’incomplètement. Je la donne en entier, et j’y joins une interprétation autant exacte que possible. A cet égard, il est bon d’observer que, jusqu’à présent, aucune des inscriptions que j’aurai à citer, n’a été ni expliquée, ni positivement déterminée. Celle-ci, comme on le voit, ne laisse aucun doute qu’elle a été un monument de piété conjugale :

Toujours dans la même façade de l’église, au milieu d’un autre pilier, à huit pieds du sol et vers la gauche de celui qui contient la précédente inscription, est un bas-relief qui paraît représenter, en buste, quelque grand personnage romain. Il est sculpté dans un grès blanc. Le dessin et le travail n’en sont pas très-bons ; cependant, il présente de l’intérêt comme monument‘ La cassure inférieure de la pierre laisse croire qu’il y. existait une inscription, et tout annonce qu’elle devait être funéraire.

  Lorsqu’on rencontre de tels monuments sépulcraux, on éprouve le regret que le lieu où se faisaient les sépultures publiques n’ait pas encore été découvert. On pourrait y trouver des inscriptions qui donneraient quelques certitudes sur des individus et sur les dates.

Pierre des Triumvirs.

Il existe près de là, et implantée contre le même mur, une pierre quadrangulaire en grès de Blavozy. Les uns l’appellent, en patois, la Peyre clous treis virs ; d’autres la nomment le Carcan. Elle sort de trois pieds et demi de terre ; sa largeur est de dix-huit pouces ; son extrémité supérieure est terminée par une pyramide tronquée, dont la face antérieure est aplatie. Sur le devant du pilastre, sont sculptées trois têtes, en relief, sur une même ligne horizontale. Les figures sont mutilées et méconnaissables. Elle a été trouvée, il y a très-long-temps, vers la limite de l’ancienne banlieue de St-Paulien. Il n’y a, malheureusement, aucune trace d’inscription ; mais sa dénomination vulgaire et traditionnelle, sous les deux acceptions ; sa forme ; le sujet qu’elle retrace ; sa position à l’extrémité de l’ancienne ville ; tout semble dire qu’elle a dû être la pierre monumentale du champ des supplices, et que les trois têtes qu’on y voit, représentaient les triumvirs capitaux (triumviri capitales), magistrats qui étaient chargés de veiller à la garde des prisonniers et de présider aux exécutions.

Autel des sacrifices.

A quelques pas de ce dernier monument, et au milieu de la place, on a amené et posé avec beaucoup de peine une très-belle pierre d’un seul bloc de grès blanc. Elle est carrée et, à très-peu de choses près, égale sur ses quatre faces qui ont cinq pieds de large. Sa hauteur est de trois pieds. Elle est taillée avec soin et évidée, dans l’intérieur, par quatre arceaux qui lui donnent de la grâce et de la légèreté. Son dessus forme une table plate et unie.

Quelques personnes ont pensé que cette belle pierre avait pu être une tribune aux harangues ou un tombeau. On pouvait douter même si elle n’était pas un de ces piédestaux que Pline a nommé Arcs, et qui servaient chez les Grecs à porter les statues ; usage que les Romains ont imité, mais assez rarement. Cependant, comme ici la tradition doit être de quelque poids, et que, dans le vulgaire, cette pierre a conservé le nom de Pierre à tuer les bœufs, il est plus naturel de croire qu’elle était destinée aux sacrifices. Plusieurs trous qui se voient sur l’une des faces et qui, par des restes d’agrafes en fer qu’on y remarque, annoncent avoir contenu des anneaux, viennent en quelque sorte à l’appui de cette vieille opinion. Au surplus, elle a servi d’autel, pour le culte catholique, pendant plusieurs siècles, dans l’église dédiée à Saint Paulien, l’un des premiers évêques du Velay, le même qui donna son nom à la ville alors en possession du siège épiscopal. Cette église a été détruite ; son enceinte sert actuellement de cimetière.

Borne terminale.

Dans l’une des maisons de cette même place, chez M. de Solilhac, à, l’est et à l’angle d’un des bâtiments de sa cour, il, existe une très-petite inscription ; elle a cela de particulier, qu’un savant archéologue, M. l’abbé Leheuf, qui l’a vue et publiée, a déclaré qu’elle était la seule inscription antique bien conservée qui se trouvât dans St-Paulien. On a déjà pu juger que M. l’abbé Lebeuf n’avait pas tout vu. D’ailleurs, il a cru sans doute que l’inscription, quoique bien conservée, n’était pas complète, puisqu’il n’a pas essayé de lui trouver un sens quelconque, et qu’il s’est contenté de dire qu’elle ne contenait que ces lettres :

Je pense, moi, que la destination est suffisamment indiquée. Tous les auteurs qui ont écrit sur les pierres limitantes, semblent avoir donné l’explication de celle-ci, en faisant dériver le mot Herma du mot Hermès, dont les latins ont fait leur dieu Terme. Aussi, suis-je porté à croire qu’elle a servi de Borne terminale ou limitante du champ, de l’enclos, ou du domaine d’un propriétaire nommé Dion.

L’inscription qui est figurée ci-devant, est gravée dans un grès blanc de quatorze pouces de long sur neuf de haut, et peut se rendre ainsi : Herma sous-entendu campi Dionis ; Borne du champ de Dion. On aime à rencontrer ces preuves historiques du respect des peuples pour les signes consacrés par les religions. Les pierres terminales étaient des divinités champêtres, sur lesquelles le crime lui-même n’eût osé qu’en tremblant porter une main sacrilège.

Tumulus.

Quittons, maintenant, l’intérieur des murs, et transportons-nous vers l’extrémité orientale de l’ancienne ville ; là, sur le bord de la prairie communale de Chaumel, près du ruisseau de Chalan, en face d’un ancien chemin venant d’Yssingeaux, chemin qui pourrait bien être celui tracé dans la carte de Peutinger, se trouve un tertre en gazon, élevé « de huit pieds environ au-dessus du sol. Sa forme est ronde, et il est composé de terre végétale prise sur le lieu même, ce qu’on reconnaît encore au mouvement du terrain qui forme une espèce de fossé circulaire au pied du tertre.

Sur la cime de ce petit monticule, était placé un fût de colonne en grès taillé, uni, sans base et sans inscription. Il a quinze pouces de diamètre et trois pieds de hauteur. Ce fût de colonne a été renversé en 1819, lorsqu’on essaya d’y fouiller. Arrivé, perpendiculairement, à trois ou quatre pieds de profondeur dans le centre, on s’arrêta, et la colonne est restée gisante sur l’excavation que l’on avait commencée et qui fut interrompue sans résultat.

Le tertre dont il est question a toute la forme d’un tumulus, sous lequel peuvent bien avoir été déposés les restes, ou les cendres de quelque personnage distingué. Une chose même à observer, c’est que, placé sur cette petite éminence et examinant, avec attention , l’espace carré dont elle forme l’angle sud-est, on voit, et dans cette seule partie de la prairie , plusieurs tertres de formes diverses; et, quand tout annonce que la ville se terminait vers ce point, dans son quartier oriental, on forme la conjecture naturelle que cette portion de terrain a pu être consacrée à des sépultures générales ou particulières , selon la population et les usages de cette époque. Une fouille plus complète pourra peut-être, un jour, lever les doutes et conduire à quelques découvertes.

En remontant, sur la même ligne, de l’est à 1’ouest, on arrive au lieu nommé le Haut-Solier, dénomination que l’on croit dérivée d’Alto Soli, et provenant peut-être de l’existence, en cet endroit, d’un petit temple, Ædicula ou Sacellum, consacré au Soleil.

Là se trouve une butte presque entièrement formée de démolitions et de débris, à. travers lesquels, en creusant un puits, on rencontra, dit-on, un beau pavé mosaïque, à la profondeur de huit à dix pieds. ’

C’est à l’angle sud-est du bâtiment construit sur ce monticule, que l’on a renfermé, dans la maçonnerie, l’inscription d’Etruscilla, que j’ai rapportée ci-devant ; inscription qui constate les franchises de l’antique Vellavie. Dans le reste du bâtiment, et çà et là dans ses environs , il existe une quantité de grosses pierres en grès blanc , bien taillées, de différentes dimensions et portant, en elles-mêmes, la preuve quelles ont été employées dans les constructions romaines; ce qui se reconnaît à la forme des entailles qu’y faisaient pratiquer les architectes , pour les lier entre elles par des coins en bois , ‘en bronze , et quelquefois en fer, afin d’assurer la solidité et la durée de leurs édifices.

Fragment d’inscription.

Parmi les pierres employées, il.eu est une petite formant le linteau d’une lucarne, dans le pignon qui fait face au levant ; cette pierre présente le fragment d’une inscription dont les lettres sont grandes et bien gravées. Je ne les rapporte et les figure ici, dans la position où elles se trouvent, que dans l’espoir qu’un jour, la suite ou la contrepartie de l’inscription pourra se retrouver.

Aqueducs.

Une chose qui. a toujours étonné , c’est que la ville de St-Paulien, bâtie sur les ruines d’une ville  romaine, n’ait jamais eu que des eaux de puits et de citernes. Certes, les Romains n’étaient pas gens à s’établir dans un pays où l’eau potable et saine leur manquât, eux qui en faisaient la plus grande consommation, particulièrement pour les bains dont l’usage était commun à toutes les classes du peuple.

Aussi, lorsque dans les excavations que le hasard a fait faire, j’ai reconnu, presque partout des restes de cuves et de thermes, construits avec recherche et même avec luxe, je n’ai pas douté, un instant, qu’ils avaient établi les moyens d’y amener des eaux propices et abondantes. C’est donc vers la découverte des tuyaux conducteurs, ou des aqueducs, que mes soins se sont dirigés et vers les sources qui devaient les alimenter. J’espère être parvenu, au moins en partie, au but que je m’étais proposé dans l’intérêt de la ville elle-même.

Dans la maison Besqueut, attenant à la butte du Haut-Solier, on a construit une écurie sur une portion de terrain communal, et, de tous temps, réservé : circonstance essentielle à noter. Ce terrain a été usurpé sans autorisation, de sorte qu’on pourrait y fouiller et même en reprendre possession à volonté. Lorsqu’on creusa les fondations de l’écurie, on rencontra à l’aspect de l’ouest, un aqueduc solidement voûté, entièrement revêtu en ciment, ayant quatre pieds de large, sur cinq de haut, et conduisant un jet de quatre à cinq pouces d’eau de source. Le sieur Besqueut en profita pour fournir des eaux abondantes à un puits ou citerne qu’il fit pratiquer ; et il ferma aussitôt, en maçonnerie, la large ouverture de l’aqueduc, pour n’en conserver qu’une suffisante au passage du filet d’eau dont il avait besoin. Depuis cet événement, on a remarqué qd’ une fontaine s’est tarie au bas de la côte de Choubert, à une demi-lieue de Saint-Paulien ; ce qui donne à penser que l’aqueduc doit aboutir dans ces environs. Des témoins oculaires m’ont assuré que cet aqueduc est de toute beauté, et qu’il ne faudrait qu’enlever quelques pierres à l’ouest du puits pour entendre bouillonner l’eau.

Un autre aqueduc existe encore au faubourg de Langlade, dans la cave du sieur François Cortial. On n’en a point vu l’intérieur, mais on y entend l’eau couler.

Toujours est-il qu’avec très-peu de frais, le premier de ces aqueducs pourrait être rendu à son antique destination et je ne fais qu’un vœu, c’est que mes recherches archéologiques m’ayant conduit vers une découverte d’un intérêt majeur, la ville de St-Paulien puisse bientôt en profiter et y trouver une source inaltérable de santé et d’utilité générale. 

Reprenons maintenant nos courses, remontons encore vers l’ouest, et en suivant la même direction, à peu de distance du Haut-Solier, nous nous trouverons dans le quartier nommé Marcha-Dial. A en juger par les étymologies, on peut croire que là était l’habitation des Flamines, ou au moins du grand-prêtre de Jupiter, le FlamenDialis. Les environs sont remplis de nombreux débris de vases, de poteries, de briques et de marbre. Dans toutes les maisons et les murs qui environnent la place, on remarque de grosses et belles pierres antiques bien taillées. Sous une grange démolie, appartenant au sieur Roux, à trois pieds de profondeur, on a rencontré les restes d’un vaste bassin bien cimenté, et, tout auprès, les vestiges d’une étuve dont les tuyaux de chaleur étaient en marbre blanc, poli sur les deux faces. J’en ai vu plusieurs pièces ayant deux à trois pieds de longueur, sur neuf à dix pouces de largeur. Tout annonce que là existait quel qu’établissement riche et somptueux.

Inscription.

C’est dans la façade méridionale de la maison du même propriétaire que se trouve une inscription incomplète, citée, depuis longtemps, dans un ouvrage du frère Théodore, ayant pour titre : Histoire de N.-D. du Puy. On y lit, page 34, que la pierre qui contient l’inscription, est une pièce de marbre. On s’est trompé ; c’est un grès blanc semblable à celui généralement employé par les Romains, dans ce pays. Cette pierre, dans sa cassure actuelle, est à peu près carrée sur deux pieds, huit pouces.

Comme il est possible qu’elle se soit trouvée moins mutilée il a trois ou quatre siècles, je vais rapporter l’inscription telle qu’elle a été donnée alors et, en même temps, telle que j’ai pu la déchiffrer après l’avoir plusieurs fois vérifiée à des heures différentes et lors que le soleil l’éclairait de divers points. Il est bon de remarquer les lettres en sont eu creusées et mal formées, qu’on les découvre avec d’autant plus de peine que la pierre est usée, et qu’ayant été placée au hasard, les lignes se présentent verticalement.

À la vue de cette inscription, on jugera qu’il serait difficile même d’en hasarder une interprétation; aussi n’ai-je pas cherché à en pénétrer le sens. Je ne la rapporte que pour exciter la curiosité des amateurs Peut-être un jour s’en trouvera-t-il de plus hardis ou de plus heureux que moi. Il est bon d’ajouter encore que c’est dans ce quartier de Marcha-Dial, que venait aboutir la grande voie romaine qui traversait la Vellavie, ou que’ c’est de ce point qu’elle partait en se dirigeant au nord et au midi. Ce quartier est aussi celui où, sans en chercher, il se rencontre encore aujourd’hui, une foule de débris de tuiles, de poteries et de marbres amoncelés à la superficie du sol ; d’où l’on peut conclure qu’il formait, à peu près, le centre de l’ancienne ville , ce qui s’accorde aussi avec l’emplacement que je lui ai‘ supposé.

Fouilles.

J’allais quitter l’article de St-Paulien, au moment où je reçois la lettre suivante. La haute idée que vous m’avez donnée des vestiges de Ruessium, ancienne capitale du Velay, aujourd’hui St-Paulien, m’a engagé à les visiter moi-même et à satisfaire m’a curiosité. Je m’y suis rendu le 26 juillet 1822, et j’ai été en effet convaincu qu’il y a eu dans ces lieux, une ville importante et riche. Voici les observations que j’ai faites d’après un léger essai de fouilles qui ont eu lieu sous mes yeux.

Champ de Blancheton, à droite en sortant de SH-Paulien pour aller à Craponne, vis-à-vis l’auberge de Chazal, j’ai reconnu :

1°. Des murs en pierres communes et assises droites, revêtues de ciment uni et coloré, formant diverses distributions.

2°. Beaucoup de plâtras de plusieurs couleurs ; le bleu ciel parfaitement beau et bien conservé, peintures à fresque représentant des feuillages et un arbre avec mouches noires et blanches, d’assez mauvais goût; divers encadrements.

3°. Une médaille de Domitien, en grand bronze, vernis antique et bien conservée.

4°. Plusieurs morceaux de marbre blanc qui ont dû servir à des revêtements.

5°. Des pavés en ciment très-uni, d’une grande épaisseur, ou plutôt trois l’un sur l’autre.

6°. Des briques, dont une de cinq pouces environ d’épaisseur.

7°. Diverses poteries, rouge fin et moyen, avec bas-reliefs ; noires, et blanches extérieures, fines, etc.

Champ plus loin de la ville, à gauche du même chemin :

1°. Des débris de poteries semblables.

2°. Des murs et pavés en ciment.

3°. Des plâtras colorés.

4°. Des briques.

5°. Des vestiges de rues anciennes.

6°. Une médaille, en petit bronze, de Claudius gothicus.

7°. Enfin, une autre de Caracalla, en grand bronze, d’une belle conservation.

Je ne pouvais espérer un plus grand résultat d’une fouille faite par deux hommes, et qui n’a duré qu’un jour et demi.  Il y a tout lieu de croire que, faites-en grand, suivies avec constance, les recherches, à St-Paulien, auraient les plus heureux résultats.

La lettre que je viens de transcrire ici, fortifie toutes mes espérances et ajoute à la conviction générale qu’une fouille, bien combinée, exécutée avec soin et d’après un système raisonné, dans le sol de la ville antique qui a possédé les premiers et les principaux établissements romains, dans ce pays, procureraient des fruits et des documents précieux pour la science archéologique et pour l’histoire.

Recherches diverses.

Comme, en fait d’antiquités, rien ne doit être omis ; que la plus petite pierre monumentale, la moindre inscription, telle incomplète qu’elle soit, peuvent mettre sur la voie d’une découverte, lever un doute ou confirmer une vérité, je me suis fait un devoir de rapporter tout ce que j’ai découvert par moi-même, comme ce que j’ai recueilli par tradition, ou dans quelques mémoires particuliers. Il est possible qu’un jour, on retrouve tout ou partie des objets enlevés, cachés ou égarés. N’en point parler, dans ce mémoire, serait en laisser perdre la trace et, en quelque sorte, consacrer un vandalisme.

Source de l’extrait :

Essais historiques sur les antiquités du département de la Haute-Loire

Charles Florent-Jacques Mangon de la Lande

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Présentation de la Séauve sur Semène

La Séauve sur Semene
  • La Séauve-sur-Semène est une commune du massif central située à l’est du Velay, à 725 mètres d’altitude,autrefois Silva Lucdunense, puis en 1408 La Selva, aujourd’hui La Seauva en occitan, Là Seuvà en auvergnat. C’est une commune française située à l’est du Velay, dans le département de la Haute-Loire en région Auvergne-Rhône-Alpes. Elle tire son nom des forêts (du latin silva) qui couvraient ses versants lorsque fut fondée l’abbaye cistercienne de La Séauve-Bénite, par les seigneurs de Saint-Didier, dans la seconde moitié du XIIe siècle. Ses habitants sont les Séauvois.
  • Elle faisait partie de la commune de Saint-Didier-en-Velay qui se nommait alors Saint-Didier-la-Séauve. Elle n’a été érigée en commune indépendante qu’en 1925. Son histoire est intimement liée à celle de l’abbaye cistercienne qui est le principal seigneur des terres de l’actuelle commune au XVIe siècle. Au XIXe siècle, plusieurs usines se développent autour du site de l’ancienne abbaye de la Séauve. Victor Colcombet, un entrepreneur originaire de Saint-Etienne installe une importante manufacture de rubans au milieu du XIXe siècle. L’église de la Séauve succède à la chapelle érigée dans le bourg par Marie Louise Colcombet en 1870.