Capture à Bellecombe

de Monsieur de Rets, frère de l’abbesse

C’était en 1792. On sait combien le feu de la Révolution était ardent déjà. Le dévouement à la Royauté et à la Religion n’était plus regardé comme une vertu, il ne passait que comme un crime. On était criminel dès lors qu’on était fidèle au Roi et à Dieu. Toute famille sur laquelle planaient des soupçons de ce genre devenait l’objet d’une surveillance spéciale un mot, un signe, une absence donnait l’éveil et provoquait, de la part des Révolutionnaires, les actes les plus arbitraires, les mesures les plus rigoureuses. Tout cela se faisait cependant au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

La famille de Retz fut du nombre de celles qui furent le plus éprouvées. Sous le rapport de sa fidélité au Roi et sous celui de son dévouement à Dieu, elle avait fait ses preuves depuis des siècles. Aussi fut-elle mise au premier rang des familles suspectes. Dieu sait toutes les angoisses, toutes les persécutions que lui attira son dévouement à la cause royale. Nous sortirions de notre but si nous les retracions ici. Retraçons simplement le fait dont nous avons à nous occuper.

Rose-Marie de Retz était en possession de l’abbaye de Bellecombe depuis plus d’un an, lorsqu’elle reçut la visite d’un de ses frères. Pierre de Retz n’avait pu résister au plaisir de venir voir sa soeur, qu’il n’avait vue de longtemps. C’était là le but principal de son voyage à Bellecombe. Peut-être aussi venait-il s’entendre avec l’abbesse pour savoir quelles précautions il y avait à prendre, si les choses prenaient une tournure pire encore que celle qu’elles avaient déjà Son départ ne demeura pas longtemps cachée aux Révolutionnaires de la Lozère. A peine fut-il connu que des émissaires furent en permanence pour découvrir ses traces. Il leur fut facile d’apprendre que le fugitif était à Bellecombe. La municipalité en est prévenue de suite et un détachement de gardes nationaux reçoit la mission d’aller se saisir de l’aristocrate et de l’amener mort ou vif.

Le lendemain, M. de Retz n’était plus libre. Surpris à l’improviste, il n’eut pas le temps de fuir. Seul et sans armes, il ne résista pas et se laissa lier avec tout le calme d’un homme qui a le sentiment de sa dignité et de son innocence.

Il serait difficile de décrire toute l’émotion que ce triste événement excita dans l’abbaye. Ce fut les larmes aux yeux et le coeur navré que les Religieuses virent s’éloigner M. de Retz, au milieu des cris, des vociférations, des menaces de mort que, en pareille occasion, ne manquaient pas de faire les soldats de la Révolution.

A son retour du monastère, le détachement qui avait opéré l’arrestation voulait célébrer, à Yssengeaux, par des réjouissances publiques, le glorieux triomphe qu’il venait de remporter. Il y avait, en France, un aristocrate de plus sous les verrous.

M. Faure la Varende, qui était maire alors, opposa un refus formel à l’autorisation qui lui fut demandée. Honneur à cet homme qui n’avait pas perdu le sens moral dans les tristes circonstances où se trouvait le pays ! Honneur à cet administrateur qui sut empêcher une manifestation absurde et inique au premier chef. On peut voir dans M. Péala, Martyrs du diocèse, ce que ce refus, cependant si légitime, coûta à la ville d’Yssingeaux, quelques jours après.

M. de Retz, conduit au Puy, fut dirigé sur Orléans et de là sur Paris. Victime de sa parole donnée à ses gardiens de ne point s’évader, dit Gustave Burdin, il fut massacré à Versailles, près de la Grande Orangerie, avec tous les prisonniers amenés d’Orléans. Il périt coupable d’être resté fidèle à son roi, à son pays, à ses serments.

(Sources : M. Péala, Martyrs du diocèse du Puy. — Gustave de Burdin, Étude sur le Gévaudan.;)

Extrait de l’ouvrage :

NOTES HISTORIQUES

SUR

LES MONASTÈRES

DE LA SÉAUVE

BELLECOMBE, CLAVAS ET MONTFAUCONTHEILLIER, curé de Retournaguet